Depuis combien de temps travaillez-vous dans le tourisme d’affaires ?

Officiellement depuis 1989 mais je ne me destinais pas du tout à cette carrière. Mes études me vouaient à travailler dans le domaine des affaires internationales.
J’ai toujours aimé les belles personnes, les beaux endroits, les belles choses, je dois dire que j’ai toujours été un peu attiré par les étoiles, toujours un peu fan de …

Isabelle Adjani, une Exposition photographique. Tout a commencé par hasard par une passion.

J’étais étudiant et grand admirateur de la comédienne. Je collectionnais tout ce qui parlait d’elle. Tout le monde connaissait ma passion et m’approvisionnait en coupures de presse ou photos, grâce à des amis qui travaillaient dans les relations publiques ou chez Dior. J’ai toujours ces books de coupures de presse par thème : mode, cinéma, beauté…

Je devais être en troisième année de maîtrise et j’avais le projet d’organiser une exposition photographique dédiée à Isabelle. A l’époque elle verrouillait énormément son image et aucune exposition photographique ne lui avait été consacrée.

Je décidais donc de me lancer en la contactant, via son agent ainsi que les principaux photographes avec qui elle travaillait à l’époque,comme Dominique Isserman ou Marianne Rosensthiel.

Ma première intention était de monter l’exposition à l’hôtel Normandy à Deauville : j’avais eu l’accord de Fred Welke, alors directeur de l’établissement bien connu de la station normande.

La directrice des Relations Publiques des Hôtels Lucien Barrière, Sylvie Del Giudice, pensa qu’il serait mieux de la monter à Cannes, à l’hôtel Majestic ou au Casino Croisette pendant le Festival.

J’attendais l’accord d’Isabelle pour le choix des photos…Cela prit quelque temps et de nombreux coups de fil.

« Bonsoir, Isabelle Adjani…!!! »

J’étais alors en stage à Paris et logé chez un ami d’enfance…C’était son numéro qui était sur le courrier accompagnant le dossier qui avait été envoyé à Isabelle. Un soir, le téléphone sonne, mon ami décroche et j’entends « ne quittez pas », il revient vers moi et me dit « c’est pour toi, elle ne s’est pas présentée, mais c’est une voix que je crois connaître »…Je prends le téléphone et là : « Bonsoir, Isabelle Adjani… !!! ». Mon sang n’a fait qu’un tour …

Elle me dit qu’elle avait été très touchée par le dossier envoyé et qu’elle me donnait son accord pour poursuivre, prendre contact avec les photographes, faire une première sélection de photos, etc… Premier succès !

Nous devions nous rencontrer un peu plus tard, une fois la sélection avancée. Je galopais à grand pas sur le projet…et un jour j’ai reçu un autre appel d’Isabelle.
Suite à l’histoire de la rumeur par laquelle elle était atteinte du SIDA, elle m’annonça qu’elle préférait reporter l’exposition, qu’elle était fatiguée de tout cela, qu’elle devait se consacrer pleinement au tournage de Camille Claudel, mais que l’on restait en contact…Première déception !

Le lendemain, on annonce dans les média qu’Isabelle est décédée la veille à l’hôpital de la Timone !
Tous mes amis m’appelaient pour me faire part de la nouvelle et de leur tristesse, et moi, je leur répétais que ce n’était pas possible, puisque je l’avais eue la veille au soir au téléphone ! La mort dans l’âme, j’ai prévenu tout le monde du report, et n’ai plus jamais eu de nouvelle d’Isabelle Adjani.

En route pour Cannes !

En apprenant l’annulation de l’exposition, la directrice des relations publiques de Lucien Barrière me proposa de venir travailler avec elle pendant le Festival de Cannes.
J’étais à un mois du diplôme et je dois vous dire que mes parents n’étaient pas du tout d’accord. Qu’à cela ne tienne, l’occasion était trop belle et je n’allais pas la laisser passer. Je suis parti contre l’avis de tous et, du jour au lendemain, j’étais propulsé dans le tourbillon de Cannes.

Je travaillais aux relations publiques des hôtels Lucien Barrière dont le siège était à Cannes à l’époque.Quand je suis arrivé, la première personne qui m’accueilli au Majestic était… Lucien Barrière qui m’accompagna à mon bureau juste à côté du sien !

Le service de presse m’a missionné pour faire l’interface entre l’hôtel et les émissions de TV, interviews et photos, et l’accueil des stars .
A l’époque il y avait deux plateaux TV : « C’est encore mieux l’après midi » sur la plage du Majestic et au Palm Beach « Etoiles et Toiles ».

En 1987 vous avez du vivre des moments amusants ou impressionnants au Festival de Cannes, vous devez avoir quelques anecdotes ?

Impressionné…loin de ma vie d’étudiant

Impressionné et loin de ma vie d’étudiant, oui…

Hermès fêtait son anniversaire et nous demandait d’identifier une star pour souffler les bougies du gâteau, ce qui m’a conduit directement à aller frapper à la chambre de Catherine Deneuve… qui a poliment décliné l’invitation. J’ai ensuite pensé à Sophie Marceau avec qui j’avais sympathisé. A l’époque elle n’avait pas le statut qu’elle a aujourd’hui. A son tour Hermès a décliné cette proposition.

Un hommage était rendu à Bette Davis, elle devait monter les marches, elle était en fauteuil roulant. Nous l’avons emmenée en haut des marches via les coursives du Palais et pendant qu’elle était debout pour la photo, devinez qui la soutenait sans se faire voir ?

Paul Newman était en compétition cette année là pour le film « La Ménagerie de Verre » avec son épouse Joanne Woodward, tous les paparazzi étaient sur le qui vive.
J’avais rencontré un jeune photographe du nom de Philippe Baldini.

Lucien Barrière avait négocié un shooting exclusif avec Paul Newman dans son appartement du Majestic. Il fallait trouver un photographe au pied levé : j’ ai proposé Philippe Baldini, qui a eu l’exclusivité des photos qui sont parues dès le lendemain.

« On a encore perdu le petit »

Pour me remercier Philippe m’a fait rentrer dans toutes les soirées du Festival.
Me voilà embarqué dans les nuits folles de Cannes roulant sur la Croisette dans sa DS cabriolet avec Elvis et Marilyn imprimés sur le capot, en compagnie de Bernadette Laffont.

N’étant pas sur la guest list, je me retrouvais souvent refoulé à l’entrée… Bernadette Laffont venait me rechercher en disant « on a encore perdu le petit ».

QUELQUES IMAGES EN FLASHBACK :

Me retrouver coincé dans un ascenseur avec Antony Delon poursuivi par des fans hystériques…

Accident frontal avec Brigitte Fossey à l’entrée de l’hôtel du Majestic…

Sur une piste de danse avec Grace Jones.

Liz Taylor et son grand retour sur Cannes redevenue sublime.

Martha Barrière me disant « Thierry faites attention de ne pas trainer le soir dans les couloirs de l’hôtel il y a des femmes à la recherche de jeunes hommes »…

Lucien Barrière, ma chambre au Majestic

Ma Chambre au Majestic,

Hotel-Majestic-Lucien-Barriere-Cannes-Pier-2

J’avais la chance d’y être hébergé, sous les toits, à l’étage du personnel.
Quelques années plus tard, Pascal Brun le Directeur de l’hôtel, à l’occasion d’un séminaire que j’organisais à Cannes, m’a logé dans cette même chambre qui avait été transformée en suite. Hasard ou coïncidence…

Lucien Barrière, des moments de confidences :

Souvenez-vous, à mon arrivée à Cannes, j’avais été personnellement accueilli par Lucien Barrière.
J’ai tout de suite aimé l’homme, son approche simple et efficace de son métier, son amour pour ses hôtels…

Il saluait tous les membres de son personnel par leur prénom, ça me subjuguait.
Il aimait quand les gens osaient pousser les portes de ses établissements et désacralisaient le côté palace inaccessible.
Des années plus tard, il a décidé d’ouvrir ses hôtels aux séminaires et événements d’entreprise, je pense qu’il a été un des premiers à le faire. Il voulait ouvrir ses hôtels sur le monde. Son plus grand rêve était d’avoir un hôtel à Paris, il le disait tout le temps.
Je garde un souvenir ému de ce grand homme qui a tout beaucoup fait pour Deauville.

Une agence événementielle en normandie ?

A mon retour de Cannes, mon diplôme en poche, j’avais découvert un nouvel univers.

De retour de l’armée, je travaillais dans l’export et décidais au bout de quelque mois de démissionner pour monter ma première agence d’événements.

Et vous l’avez montée en Normandie ?

Oui, bien sûr ! ☺

Je tiens particulièrement à rendre hommage à Erwan Chuberre qui nous a quitté en 2014. Ma « petite » histoire avec Isabelle Adjani a été évoquée dans son livre « La Légende ADJANI » paru en 2010 aux Editions Cogito. Erwan je pense à toi !

Propos recueillis par Caroline PIC

Remerciements et copyrights

Remerciements: Sylvie Del Guidice, Martha et Lucien Barrière, et bien sûr Isabelle Adjani. Interview ©Erwan Chuberre, Extrait du livre « La Légende Adjani » / Paul NEWMAN,Joanne WOODWARD © GILBERT TOURTE/AP/SIPA / Bernadette Lafont ©Bestimage / Elisabeth Taylor Picture © AFP/GETTY / Catherine Deneuve et Paul Newman© Bertrand Rindoff Petroff/Getty Images
 / L’affiche du Festival est une oeuvre originale de Cueco. Hôtel Majestic et les Hôtels Lucien Barrière